L’enfant que j’étais

 

Coquelicots Pixabay

Source : Pixabay

 

J’étais une petite fille qui aimait faire du monde son terrain de jeu. J’aimais trier et classer les cailloux de la cour; jouet avec les cubes-puzzles représentant des images de contes chez ma nounou; bricoler des cabanes à oiseaux avec mon père à partir de chutes de bois; construire des maisons dans les bottes de paille de la ferme de ma grand-mère et y servir de la soupe de bambou; malaxer et touiller pour faire des tartes et des gâteaux avec ma mère; mettre les chaussures à talons de ma tante en taille 35 pour me mettre dans la peau d’une princesse; explorer tous les endroits où je pouvais découvrir des trésors cachés : le grenier de l’atelier de mon père, comme la boîte à bijoux de ma mère.

J’étais une petite fille qui aimait la nature et tout ce qu’elle pouvait offrir : au printemps, j’aimais ramasser des coucous et manger la petite boule sucrée dans la tige de la fleur; en été, ramasser quatre coquelicots fermés de différentes tailles et les ouvrir pour en faire une famille, le papa étant rouge vif, la maman rose, la petite fille rose pâle et le bébé blanc; à l’automne, ramasser des châtaignes et les faire griller avec mes parents et mon frère à la tombée de la nuit; en hiver, ramasser de la mousse pour regarnir la crèche de Noël usée par le temps.

J’étais une petite fille qui aimait manger les carambars rangés dans un verre de cuisine que nous offrait notre nounou à titre exceptionnel; les pâtes en gratin trop beurrées que faisaient mon père le soir quand ma mère partait travailler; les grosses chouquettes caramélisées et les pains au lait moelleux que ma mère allait chercher à la première heure le matin quand elle rentrait du travail; les biscottes de ma grand-mère, qui avaient pour seule saveur d’aller les piquer dans le placard le samedi matin; le plus petit œuf trouvé dans le poulailler chez mon oncle; et surtout les bouts grillés de la palette de porc que faisait rôtir ma mère pendant plusieurs heures le dimanche.

J’étais une petite fille pour laquelle le monde était à découvrir. J’aimais observer les autres un peu en retrait, faire des expériences avec ce qui me tombait sous la main (en embarquant mon frère bien entendu; ma mère doit encore se souvenir de notre tentative de fabriquer du pain entreprise non sans avoir été acheter de la levure à la boulangerie au préalable, ou de mon idée lumineuse de concevoir de nouveaux parfums à partir de parfums existants dans des boîtes de tic-tac s’il vous plaît…), et apprendre de nouvelles choses, un peu à l’école, beaucoup dans les livres.

Les livres étaient mes trésors les plus chers, en tant qu’objet et pour les heures de lecture et de découverte qu’ils représentaient. Je me souviens de ma fierté lorsque mon cousin beaucoup plus âgé que moi m’avait confié la bibliothèque rose de son enfance : l’odeur de vieux papier, les pages écornées pour avoir été trop lues, les reliures qui se détachaient. Je me revois plus tard dénicher les classiques dans la bibliothèque de mes parents et passer des heures dans les librairies comme on passerait dans un lieu sacré.

J’étais une petite fille tout en contradiction : souriante et mélancolique à la fois. J’avais des rêves simples et ordinaires : une maison, un chat et deux enfants, et en même temps l’envie de ne pas faire comme tout le monde et de faire de grandes choses. Passionnée par les livres, je m’essayais à l’écriture en espérant réussir à écrire un livre moi-même un jour et de le voir figurer parmi les autres dans ma bibliothèque. L’enfant que j’étais serait heureuse de voir que j’ai une famille coquelicots et que j’écris toujours, ayant gardé intacts mes rêves d’enfant. Elle serait satisfaite aussi du fait que je tente de lui rester fidèle à chaque instant de ma vie. Je questionne souvent la petite fille que j’étais dans les périodes de doute, comme si elle était la quintessence de ce que je suis et la boussole qui me fait garder le cap, car il est bien facile de se perdre lorsque le chemin n’est autre que celui qu’on trace.

Cet article a été inspiré par l’excellente idée de tag de Picou Bulle.

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Un commentaire

  1. C’est très beau cette évocation de souvenirs.
    « Je questionne souvent la petite fille que j’étais dans les périodes de doute, comme si elle était la quintessence de ce que je suis et la boussole qui me fait garder le cap ». Je ressens la même chose et je garde toujours sur moi la photo de la petite fille que j’étais. Elle me conforte dans la vie que je crée chaque jour.

    Aimé par 1 personne

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