Partir pour mieux revenir ?

 

Ridicule. Ou folle. Ou les deux. Voilà ce qu’ils penseraient d’elle s’ils savaient la raison pour laquelle elle avait vraiment entrepris ce voyage en Indonésie. Elle leur avait dit à tous qu’il s’agissait d’un séminaire organisé pour fêter les résultats de son entreprise. Elle n’avait pas pu avouer la vérité à son fiancé, surtout pas à lui d’ailleurs. Il n’aurait pas compris. D’ailleurs, elle trouvait qu’il la comprenait de moins en moins, alors elle se renfermait de plus en plus.

 

Elle était tombée sur sa photo sur le net, un peu par hasard. Elle avait immédiatement su qu’il fallait qu’elle aille le voir. Au fil des semaines, c’était devenu une véritable obsession. Elle ne pensait plus qu’à ça, il fallait qu’elle parte d’ici pour aller là-bas. Il l’attirait, c’était indéniable, et ce, malgré l’air courroucé qu’il affichait sur la photo. Elle savait qu’elle allait s’abandonner à lui comme d’autres avant elle. Il aurait pu s’agir d’un homme, mais non, son cœur et son corps étaient bien trop arides pour ça. C’était un monstre de pierre dont la rage était censée faire fuir le mal. Une statue dans la gueule de laquelle elle allait se jeter à corps perdu dans un ultime sursaut d’espoir.

Marchant sur le sentier qui le menait jusqu’à lui, elle pensa aux femmes en mal d’enfant qui se seraient données à lui pour voir ensuite leur ventre s’arrondir. Elle n’osait même pas espérer véritablement en faire partie. La lutte qu’elle menait depuis quelques années pour donner la vie l’avait laissée complètement exsangue. Même les larmes semblaient s’être taries après avoir été versées à flots. Une enveloppe désespérément vide, voilà ce qu’elle était. Elle ne savait même pas si elle aurait la force de rentrer. Peut-être que ce serait mieux même qu’elle y reste. De toute façon, elle était déjà morte à l’idée d’être une fin en soi. Ce qui, sans elle, ne serait pas son cas à lui, lui qui lui avait demandé de l’épouser malgré tout, lui auquel elle avait répondu Oui, lui qu’elle ne souhaitait pas priver de descendance même s’il disait que ça ne lui importait pas tant que ça s’il était avec elle.

Soudain, elle sentit sa présence. Elle leva les yeux et vit le regard furibond du monstre de pierre la transpercer au plus profond d’elle-même comme pour la défier. Elle inspira profondément, gravit la petite marche menant à son ouverture, et s’avança dans sa gorge noire.

La lumière d’un lever de soleil flamboyant l’éblouit. Combien de temps était-elle restée à l’intérieur ? Toute la nuit ? Elle ne se souvenait plus de rien à partir du moment où elle était entrée. Passant sa main sur son visage comme pour s’éveiller d’un mauvais rêve, elle sentit ses yeux gonflés et ses joues chaudes et rugueuses. Elle avait pleuré, pourtant, elle aurait juré avoir déjà versé toutes les larmes de son corps auparavant. Le ciel était magnifique, la vie, belle. Oui, la vie était belle et elle la sentait en elle. Elle sourit et accéléra le pas, elle avait un mariage à organiser, son mariage.

Voici ma participation à l’atelier d’écriture 282 de BRICABOOK. Une photo, quelques mots.

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28 commentaires

  1. Ouah !!!! Efficace et qui va droit au but… Merci pour ce joli moment de lecture qui m’a fait penser à la statue de saint Guirrec à Perros (22) qui n’a plus de nez car les femmes qui souhaitaient un enfant devaient y planter une épingle… Bonne journée !!

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