A vos claviers #1 – La promenade du dimanche

Abbaye pixabay

Source : Pixabay

Au début du mois, je vous avais proposé un thème d’écriture :
La promenade du dimanche.
Merci à Sasha du blog Meli-Memo d’avoir participé, voici son texte
.
Et voici le mien :

Aujourd’hui, c’est dimanche. Pour elle, ce jour est semblable à tous les autres, sauf qu’elle a eu droit à un croissant au petit-déjeuner.

Aujourd’hui, c’est dimanche, mais c’est aussi une journée d’octobre incroyablement douce, comme si l’été faisait encore un peu de résistance avant de laisser sa place à l’automne. Elle a vu ça comme un signe. Alors, elle aussi, elle a décidé de faire de la résistance aujourd’hui. Elle s’est échappée pour aller se promener, tout simplement.

Elle ne veut pas aller bien loin, non, elle veut juste faire LA promenade du dimanche. Il lui suffit de rejoindre le chemin à l’arrière de la maison de retraite, ce chemin qui ceint le village où elle a vécu tant d’années. C’est fou ce que cette escapade la ragaillardit. Pour un peu, elle n’aurait même pas besoin de sa canne. Enfin peut-être pas, même si on se sent l’âme d’une jeune fille qui vient de faire le mur pour rejoindre son petit copain, le poids de quatre-vingt-dix années, il est plutôt lourd, encore plus quand on est englué dans la petite routine d’une maison de retraite.

Elle y est. La vue du chemin s’offre à elle. Bordé des maisons surplombées par l’abbaye d’un côté, et de terrains potagers de l’autre, il descend jusqu’au moulin et à la rivière. Sur ce chemin de calcaire à la surface inégale, chacun de ses pas est laborieux. Pourtant, il est si facile de marcher sur les pas qu’elle a faits tout au long de sa vie.

Les citrouilles luisent au soleil. Elles sont aussi nombreuses que l’année où elle a emménagé non loin de là avec l’homme qu’elle venait d’épouser, celui qu’elle rejoignait en douce encore quelques semaines auparavant. Elles sont aussi grosses qu’était petite la graine qui poussait en elle cette année-là.  Les trois noyers se profilent à l’horizon. Trois, comme ses enfants. Elle revoit le grand qui lui montre fièrement son sac rempli de noix, la cadette qui court entre les arbres et fait voler les feuilles, et la benjamine qui marche à peine mais qui est complètement absorbée par le bruit que font les feuilles sous ses pieds. Enfin, le moulin, la roue à fière allure d’autrefois a été détruite par l’eau qui, quant à elle, coule toujours aussi fort et vite que le temps passe. Elle pense aux enfants qui ont fait leurs d’autres lieux et à son mari qu’elle a enterré.

Une main sur son épaule la sort de sa torpeur. Elle ne quitte pas des yeux le moulin. A quoi bon, c’est une aide-soignante qui vient la chercher pour la ramener dans sa réalité actuelle. Au bout de quelques minutes, elle est étonnée que la main soit toujours sur son épaule mais qu’aucun mot n’ait été formulé. Elle tourne la tête, c’est Jeanine, sa voisine de chambre. Face au regard effaré qui lui est lancé, celle-ci répond :
— Je t’ai vue sortir par la fenêtre. Enfin tu es sortie par la porte, mais je t’ai vue par la fenêtre. Tu ne crois quand même pas que j’allais rester à te regarder prendre du bon temps dehors toute seule ! Bon, ça ne vaut pas un bal musette mais on est quand même mieux là que là-bas !

Elle lui sourit. Elles vont s’asseoir sur un banc un peu plus loin, elles y resteront à rigoler comme deux adolescentes et à se créer d’autres souvenirs jusqu’à ce que le soleil se couche derrière l’abbaye. Patinée par le temps, elle est plus belle que jamais dans le jour qui décline.

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