Le bateau rouillé dans le jardin

 

 

Les yeux encore plein de sommeil, il ouvrit la fenêtre, bascula le loquet, poussa le volet droit contre le mur, puis le gauche, comme chaque matin. Alors qu’il s’apprêtait à refermer la fenêtre, un élément inhabituel dans le décor l’arrêta. Il se frotta les yeux pour se débarrasser des rêves qui auraient pu rester accrochés à ces cils blanchis par le temps. C’était toujours là. Mais que faisait donc ce truc rouillé dans sa mare ? Qu’est-ce que c’était au juste ? Une barge ? Une péniche ? Il n’y connaissait rien aux engins flottants, mis à part aux petits bateaux en coquille de noix qu’il faisait flotter enfant sur cette même mare… Il passait toutes ces journées à entretenir son jardin à coup de sécateur et de cisailles pour que tout reste impeccable et voilà qu’un bateau rouillé se retrouvait un beau matin au milieu de sa mare. Cette situation lui paraissait complètement incongrue.

Il se rua dans le couloir pour enfiler son manteau directement sur son pyjama de flanelle, puis ses bottes, sans prendre le temps de mettre des chaussettes. Quelques minutes plus tard, il pataugeait dans l’eau, tâtant la ferraille pour s’assurer de sa réalité. Ses doigts étaient recouverts d’une fine poussière de rouille et ses pieds commençaient à prendre l’eau passée par dessus de ses bottes. Un frisson le parcourut et un sentiment étrange s’infiltra en lui. Il ressentait de la compassion pour ce bateau qui avait subi les ravages du temps. Il caressa doucement la tôle, le bateau sembla lui répondre par un grincement semblable à un cri d’agonie.

Les bip bip d’un électrocardioscope le ramenèrent à la réalité, la vraie. Son beau jardin au vert luxuriant avait disparu pour laisser place aux murs blancs d’une chambre d’hôpital. Il chercha à s’extirper de là, mais ses membres devenus trop vieux et trop frêles ne lui permirent pas de bouger et le laissèrent échoué. Il referma les yeux pour retrouver les couleurs de son havre de paix. Il se hissa dans le bateau, s’allongea sur le sol froid de la cabine pour ne faire plus qu’un avec le bateau. Celui-ci s’enfonça alors dans les eaux vert émeraude qui l’enveloppèrent tel un linceul.

Voici ma participation à l’atelier Une photo, quelques mots du blog Bric à Book.

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12 commentaires

  1. J’ai trouvé la première partie très drôle, imaginant la tête de l’homme qui découvre un bateau dans son jardin.
    Tu as su faire une habile transition pour m’amener dans un univers d’un registre plein d’émotion.
    Un texte parfaitement équilibré, pour moi une belle réussite.

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  2. J’ai beaucoup aimé le début de ton texte, l’arrivée du bateau dans la mare de ce vieux monsieur…c’était très joliment écrit, voir poétique. La fin me plait moins, trop triste à mon goût…je préfère rester sur le début et la surprise. Merci à toi.

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