La minute d’égarement

 

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Source : Pixabay

 

Hélène cousait l’étoffe de tissu noir avec la régularité de quelqu’un qui manie l’aiguille et le dé à coudre depuis des dizaines d’années lorsqu’elle entendit des pas lourds dans les escaliers. Elle leva la tête et vit son mari descendre. Sans même la saluer, il se posta devant la fenêtre, bombant le buste et arborant une mine renfrognée de telle façon qu’il lui fit penser à Napoléon Bonaparte. Elle haussa les épaules face à cette attitude dédaigneuse et courroucée qu’il adoptait de plus en plus souvent depuis qu’il était à la retraite. Elle avait tout d’une sainte, Hélène, elle comprenait. Ce n’était pas facile de se retrouver à tourner en rond à la maison, dans ce domaine qui avait été principalement le sien pendant des dizaines d’années. Elle se remit à l’ouvrage, souhaitant terminer le masque du costume de Mickey qu’elle fabriquait pour son petit-fils.

Une sorte de cri de guerre retentit et l’arrêta net. Son mari venait de brandir l’arme à feu qui avait jadis appartenu à son grand-père et mit en joue tour à tour le lustre et un vase. Il s’arrêta sur l’horloge comtoise située juste à côte de sa femme, elle semblait le narguer avec son tic-tac incessant et le mouvement perpétuel de son balancier. La sonnerie du téléphone retentit et le fit sursauter. Le coup partit. La balle frôla les doigts de sa femme et emporta l’oreille de Mickey avant de finir sa course dans l’entonnoir à confiture en cuivre surmontant une potiche sur le buffet. Finalement, il n’avait rien de Napoléon Bonaparte, en tout cas pour le maniement des armes.
« Tu deviens fou ma parole ! » s’exclama Hélène dont la sainteté avait des limites.
Le voisin qui avait entendu le coup de feu entra alors. Comprenant d’un coup d’œil la détresse de son ami, il lui dit :
« Allez, pose cette arme et appelle ton chien, on va aller se promener dans les champs de tournesols. »
Puis, après avoir soulevé son béret en guise de salutation à l’égard d’Hélène, il prit son ami par le bras et précisa d’un ton moralisateur :
« Vincent, on n’a pas besoin d’arme pour tuer le temps en attendant la mort. »

Voici ma participation au défi Une minute pour Pierre Desproges lancé par
la Jument verte
à l’occasion des 30 ans de la mort de Desproges le 18 avril prochain.

La consigne était d’écrire un petit texte inspiré d’un des 98 titres de
« La minute nécessaire de Monsieur Cyclopède ».
Mon texte est basé sur la minute intitulée « Tuons le temps en attendant la mort »,
je vous conseille de regarder la vidéo en parallèle de la lecture. Si le cœur vous en dit, vous pouvez même essayer de trouver toutes les références faites à ce sketch dans le texte.

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12 commentaires

  1. Mais que c’est bien agencé ! Avec de la récup tu as remanié et restauré différents détails de ce qui constitue la vidéo. C’est un joli patchwork bien réussi.
    Et si la restauration était un moyen récréateur de tuer le temps ?

    Aimé par 1 personne

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