Naissance d’un ange

 

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© Pille Kirsi

 

Pelotonnée sous un parapluie aux baleines cassées, les pieds trempés par la pluie qui traversait mes chaussures trouées, je marchais d’un pas rapide sur les trottoirs sales. Un homme a fait exprès de me bousculer et m’a injuriée : « Tu pourrais pas faire attention avec ton parapluie, sale clodo… ». Même s’il était fautif et déjà loin, je me suis empressée de fermer mon parapluie en balbutiant des excuses. La pluie ruisselant sur mes cheveux et dans mon cou, je me suis faite encore plus petite. Ballotée par la foule, j’ai continué à marcher malgré tout. J’ai trébuché, je suis tombée, une personne m’a piétinée en jurant. C’est là que je les ai vus dans le ciel. Ils s’alignaient les uns derrière les autres de façon à former un V pour s’entraider pendant le long voyage qui les attendaient. J’ai fermé les yeux et j’ai pris mes ailes à mon cou. J’ai décollé et je les ai rejoints pour un monde meilleur.

Voici ma participation à l’atelier d’écriture Une photo, quelques mots
organisé par Bric à Book.

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29 commentaires

  1. Ton texte me rappelle, de loin, « Le désespoir est assis sur un banc » de Prévert. Je ne peux résister, le voici:

    Dans un square sur un banc
    Il y a un homme qui vous appelle quand on passe
    Il a des binocles un vieux costume gris
    Il fume un petit ninas il est assis
    Et il vous appelle quand on passe
    Ou simplement il vous fait signe
    Il ne faut pas le regarder
    Il ne faut pas l’écouter
    Il faut passer
    Faire comme si on ne le voyait pas
    Comme si on ne l’entendait pas
    Il faut passer et presser le pas
    Si vous le regardez
    Si vous l’écoutez
    Il vous fait signe et rien personne
    Ne peut vous empêcher d’aller vous asseoir près de lui
    Alors il vous regarde et sourit
    Et vous souffrez attrocement
    Et l’homme continue de sourire
    Et vous souriez du même sourire
    Exactement
    Plus vous souriez plus vous souffrez
    Atrocement
    Plus vous souffrez plus vous souriez
    Irrémédiablement
    Et vous restez là
    Assis figé
    Souriant sur le banc
    Des enfants jouent tout près de vous
    Des passants passent
    Tranquillement
    Des oiseaux s’envolent
    Quittant un arbre
    Pour un autre
    Et vous restez là
    Sur le banc
    Et vous savez vous savez
    Que jamais plus vous ne jouerez
    Comme ces enfants
    Vous savez que jamais plus vous ne passerez
    Tranquillement
    Comme ces passants
    Que jamais plus vous ne vous envolerez
    Quittant un arbre pour un autre
    Comme ces oiseaux.

    Aimé par 1 personne

  2. Un texte d’une grande sensibilité pour décrire la detresse de cette pauvre femme. Aura-t’elle la force de s’envoler pour un monde meilleur? On ne peut que lui souhaiter.

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