Je voulais juste aller courir

Il n’y a que le martèlement de mes foulées sur le sol, leurs vibrations qui traversent tout mon corps, et l’air froid qui vient me brûler les poumons. J’ai la sensation que courir me purifie de l’intérieur. Je suis bien lorsque je cours. Cela fait des mois que cela ne m’est pas arrivé. Pour cause : ces joggeuses assassinées en série au début de l’année par celui que la presse a surnommé « le Démon du crépuscule ». J’ose à peine sortir de chez moi depuis. Trop risqué. Mais, ce matin, lorsque j’ai ouvert mes volets sur le canal, je me suis dit que le temps avait passé et que rien ne pourrait m’arriver dans cette brume vaporeuse. Personne ne se promène si tôt le matin, même le monstre reste tapi dans sa tanière.

La sueur perle sur mon visage, l’effort me fait garder la tête baissée. Je lève toutefois les yeux pour voir le reste du chemin qu’il me reste à parcourir. Mon sang se glace. Un point là-bas. Une silhouette qui s’approche rapidement. Une autre personne qui court ? Que faire ? Rebrousser chemin ? Continuer en me rassurant à l’idée que le tueur n’a agi qu’à la tombée de la nuit, il y a des mois de cela ? J’ai peur.

Je perçois déjà plus clairement les traits de la silhouette. Mon pouls s’accélère. Tout mon corps se raidit. Il y a des signes qui ne trompent pas, « le Démon » est de sortie. La paralysie me gagne. J’inspire fort pour tenter de retrouver mon calme et de trouver une échappatoire. Si je détourne les yeux et prends ce chemin vers la droite peut-être… Je passe les mains sur mon visage comme pour me sortir d’un cauchemar. Main non, il est trop tard. Je ne peux pas fuir, il s’est déjà trop emparé de moi. Je sens sous mes mains ma barbe naissante et le rictus qui vient déformer mon visage. Je ne peux pas quitter des yeux la jeune femme à la queue de cheval qui tressaute au rythme de sa foulée.

Je suis le Démon du crépuscule du soir… et du matin.

 

Voici ma participation à l’atelier d’écriture 284 de Bric à Book Une photo, quelques mots.

27 commentaires

  1. Aaaahhhhh ! Je me suis plongée dans ton texte dès les premières lignes ! Avec l’actualité du moment et la joggueuse brûlée, le suspens a vite pris et la chute m’a enchantée ! Tu excelles dans l’art de la chute inattendue ; -) je crois me souvenir d’autres textes où j’avais été bluffée par ta conclusion ; -) bravo !

    Aimé par 1 personne

    1. J’imaginais que le « je »avait une double personnalité et était en fait le tueur qui s’apprêtait à tuer de nouveau, mais il faut croire que mon texte se prête à plusieurs interprétations d’après certains commentaires, je suis curieuse de savoir comment l’as-tu interprété pour dire « quel soulagement »?

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    2. Hello, je vois seulement maintenant qu’il y avait une réponse. Mais il n’est jamais trop tard 😊
      En fait, le soulagement est pour moi la fin laissée ouverte. Je préfère imaginer que le tueur ait réussi à réprimer son envie meurtrière.

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